Mettre les points sur les « i »

Je me présente comme coach professionnelle parce que c’est le terme le plus compréhensible et que j’ai un diplôme d’Etat en ressources humaines et coaching. Mais je le fais avec beaucoup de prudence. Parce que le coaching, tel qu’on le voit proliférer, grince. Quand il promet que “tout est possible” sans jamais parler des contraintes sociales, économiques, corporelles. Quand il transforme des souffrances systémiques en “manque de mindset”. Quand il renforce une forme de méritocratie brutale, où si ça ne marche pas, ce serait encore la faute de l’individu. Quand il pousse à un hyper-individualisme qui isole, culpabilise et fragilise davantage des personnes déjà vulnérables.

Je ne me reconnais pas dans ce coaching-là. Ni dans le “développement personnel” hors-sol, coupé du réel, du corps, des émotions et des rapports de pouvoir.

Ma pratique est supervisée, encadrée par un code de déontologie, adossée au seul diplôme d’État existant en France en coaching et ressources humaines. Je suis inscrite dans une fédération professionnelle. Mais surtout, ma pratique est ancrée. Je travaille avec ce qui est là : les limites, les contradictions, les émotions, le corps, l’environnement professionnel et social et parfois, l’impossibilité.

Je ne “répare” pas les personnes. Je ne les rend pas “plus performantes” à tout prix. Je m’inscris dans une démarche de remettre de la justesse, du sens et de la dignité là où quelque chose s’est rigidifié. Mais je n’ai pas d’intention à la place des personnes que j’accompagne. Je suis dans une obligation de moyens, pas de résultats.

Mon parcours : comment j’en suis arrivée là

Depuis toujours, je suis attentive aux autres. À leurs manières de penser, de réagir, de se protéger. Aux dynamiques relationnelles, aux silences, aux tensions invisibles. La psychologie, les interactions humaines, les fonctionnements individuels et collectifs m’ont très tôt intéressée, bien avant que cela devienne un champ professionnel.

J’ai grandi dans un environnement où il était difficile de poser ses limites et de s’affirmer. Alors j’ai beaucoup observé. J’ai aussi beaucoup rêvé, contemplé, créé. L’art a toujours été là en toile de fond : danse, chant, théâtre, guitare. Pas comme un projet assumé, plutôt comme un espace refuge. Quelque chose de vivant, jamais complètement autorisé ni pleinement encouragé.

J’ai suivi un parcours académique privilégié. Une école de commerce. Par conformisme, mais aussi par loyauté familiale, pour prouver que j’en étais capable. Je me suis dirigée vers le marketing digital. J’ai travaillé dans des environnements exigeants, orientés performance. J’y ai appris la stratégie, les outils, les mécaniques, mais aussi leurs limites.

À force de travailler sur la relation client, je me suis retrouvée confrontée à une évidence : on parle beaucoup de « process » mais peu des humains qui les portent. De leur fatigue, de leurs contradictions. De ce que le travail fait aux corps, à la santé mentale, à l’estime de soi. J’ai moi-même traversé un burn-out à 25 ans. Par désalignement, accumulation et difficulté à faire tenir ensemble mes valeurs et certaines réalités professionnelles. Ce moment a été un point d’arrêt. Un rappel concret que l’on ne peut pas tout mentaliser, rationaliser, optimiser. Ni s’adapter indéfiniment sans y laisser quelque chose.

C’est à partir de là que j’ai choisi de me former à l’accompagnement humain, dans un cadre sérieux, exigeant, encadré. Pas pour “aider les autres à réussir”, les « transformer » ou encore les « motiver » mais pour comprendre ce qui se joue quand les repères volent en éclat. Pour travailler avec ce qui est là : les contraintes, les limites, les blessures parfois et les ressources.

Aujourd’hui, j’accompagne à l’intersection du monde professionnel et du monde sensible : le corps, les émotions, les trajectoires, le vécu. Ce parcours m’a appris une chose essentielle : on ne gagne rien à nier le réel. Mais on perd beaucoup à s’y résigner sans jamais le questionner.

Les personnes et les organisations avec qui je travaille ne cherchent pas des recettes miracles mais des espaces pour penser autrement, remettre du sens, et parfois ralentir. Ce parcours-là ne me donne pas de réponses toutes faites. Il m’oblige surtout à rester lucide, humble, et vigilante sur ce que produit (ou abîme) le discours du “toujours plus”. De ce constat est née une attention particulière à l’écologie humaine, et à une approche du “moins”.